dimanche 30 juillet 2017

Les laisser, un peu.




- R'garde Maman, c'est trop drôle !!

Les DVD Pixar et les gosses ça marchent toujours, surtout en fin de journée quand tu veux être tranquille... 😊

J'ai loupé la vanne soit disant drôle du film que regardaient mes poussins parce que mes yeux étaient rivés sur mes boots que j'étais en train de lasser. Je devais retourner bosser, repartir soigner mes gens.
Certains aiment travailler le dimanche pour sa tranquillité, moi je préfère rester chez moi, tranquillement auprès des miens, auprès de mes poussins... Ce soir j'ai la flemme, j'ai pas envie de les quitter.


- La tournée est légère, je ne rentre pas tard mes biches. Je vous laisse, un peu. Pas longtemps...

dimanche 23 juillet 2017

L’infirmière qui valait 5 points.




- Ah, mais vous êtes partout ! Je vais en gagner des points cette semaine !

Elle avait bonne mine. La dame tout juste septuagénaire portait de jolis vêtements qui lui allaient bien, elle avait le teint plus clair et ce sourire discret bien plus présent que la toute première fois que je l’ai vu, il y a plusieurs mois. C’était semble-t-il l’amie d’une de mes patientes dont les pansements d’ulcères coulaient au point de nécessiter une réfection quotidienne. 

Celle qui avait bonne mine et qui comptait les points était une dame que je voyais tous les trimestres pour des prises de sang. Toujours chez elle, jamais à mon cabinet. Parce que chez elle ça sentait le café et le cocon rassurant d’une maison vide qui avait abrité la vie de toute une famille. Parce que venir au cabinet voulait dire affronter le dehors, le regard de ceux qui ne vous calculent pas et les sourires des voisins qu’elle ne connait plus.
Elle avait accompagné pendant de nombreuses années son mari dont la maladie chronique et dégénérative ressemblait à un carcan, une grosse carapace qui avait enfermé en dedans lui l’homme qu’elle ne reconnaissait plus vraiment. Un Alzheimer bien cogné qui avait creusé d’énormes trous dans le passé en laissant ma patiente vivre le présent aux côtés d’un homme qui n’avait plus d’identité.  Le couple avait fini par se couper du monde en ne partageant plus rien de la vie du dehors. Par peur des regards, par fatigue de devoir toujours tout réexpliquer à ceux qui ne comprendront jamais et par pudeur de ne pas étaler aux yeux de tous l’état de santé d’un homme qui ne la reconnaissait plus et qui se demandait qui était cette femme qui disait être la sienne.


- Ça fait dix ans, et pourtant c’est comme si c’était hier. J’ai l’impression que je vais crever dans cette maison. Elle m’étouffe mais j’ai peur d’en sortir. Je ne sais plus comment faire avec les autres… 

La dépression c’est terrible. C’est comme être au fond d'un puits aux parois toutes lisses. On se dit qu’on va finir par retrouver la surface mais il n’y a rien pour s’agripper et aider à remonter. Son puits à elle était très profond, mais genre vraiment profond, au point qu’une fois elle avait décidé de ne plus relever la tête en cherchant la lumière et avait préféré crever au fond de son trou, avec des cachetons dans une main et de l’alcool dans l’autre. Elle avait appelé son médecin et je m’étais retrouvé chez elle le lendemain avec ma mallette de soins, ma boite à prise de sang et mon échelle de corde sous le bras.

Tout en préparant mon matériel nous avons parlé de son mari, de ces dix années qui avaient suivi sa mort et qui l’avaient fait descendre aussi bas. Et puis j’ai serré le garrot et nous avons parlé de sa déco et de ce tableau magnifique et coloré au-dessus du canapé. J’ai alcoolisé le pli de son coude avec un coton et nous avons parlé de l’odeur de café et je lui ai demandé ce qu’elle allait manger pour l’accompagner. J’ai piqué et j’ai parlé du chat qui dormait sur la chaise tout près d’elle et qui préférait habituellement le jardin à l’obscurité de sa maison. Sentant qu’elle se renfermait j’ai commencé à enfiler les tubes dans le corps de pompe et je lui ai parlé de son jardin. De sa sauge en fleur, magnifique et rose dans l’entrée et du Lila des Indes devant sa porte et qui aurait besoin d’être taillé si elle voulait qu’il refleurisse :


- Cet arbre-là ? Je ne savais pas comment ça s’appelait ! Mon mari l’a planté quand nous avons acheté la maison…

La nostalgie l’a reprise. Pour tailler l’arbre, il fallait sortir… Pour sortir, il fallait qu’elle en ai l’envie… L’envie de sortir du fond de son puits aux parois toutes lisses.
Alors que j’étais en train de prélever mon dernier tube, j’ai décidé de sortir mon échelle de corde. Une échelle aussi longue que la distance qui la séparait de la surface et je lui ai dit « Je vaux 5 points ». Elle a relevé son visage vers moi en relevant les sourcils sans vraiment comprendre ce que je venais de dire :


- Disons que vous allez passer un contrat avec vous-même. Il n’y a rien à gagner à part l’immense satisfaction d’avoir réussi toute seule à remonter à la surface via l’échelle de corde que je viens tout juste de balancer jusqu’au fond de votre trou. 

samedi 22 juillet 2017

Quand je regarde ma fille jouer...



... Je me dis que c'est bien une fille d'infirmière ! 😊

En ce moment, j'ai un tout petit gamin que je vois plusieurs fois dans la semaine pour des pansements. A chaque fin de soin, je lui mets la pince kocher et la pince à disséquer en plastique du set de pansement dans un petite compresse. C'est son "Cadeau du courageux " pour le remercier pour sa patience pendant son pansement douloureux. Je crois qu'il va finir par avoir une sacrée collection de pinces d'ici la fin de sa série de soins !

En attendant, à la maison mes puces ont des pinces kocher et des seringues pour soigner ou torturer _ des fois on en est pas loin_  leurs jouets !

vendredi 21 juillet 2017

Oh punaise!



- Ah ! Je me demandais si c'était bien vous qui veniez de vous garer devant chez moi !

Mon patient-plus-trop-patient s'est approché doucement de moi, curieux de comprendre pourquoi je me tenais accroupi devant ses fleurs avec mon portable à la main.

Une punaise des céréales (de la famille des Pentatomes), voilà pourquoi j'avais mis du temps à sonner à sa porte ! Mais j'avoue, ce n'était pas complètement vrai : j'étais accroupie avec une enveloppe bleue de la CPAM pris à la va vite dans mon agenda et le ciseau de mon sac à main pour piquer à mon patients des graines de Scabieuse (La couleur pourpre que je n'ai pas dans mon jardin) qui avait grainées sur le bitume devant chez lui... Et puis je l'ai vu : ma jolie punaise des céréales !

J'étais tombée sur la même il y a quelques jours accrochée à l'écorce de mon châtaignier. Mais elle tournait tout autour, pas décidée à se laisser photographier (sûrement une juvénile, les plus vieilles sont un peu plus dociles). Je ne pouvais pas louper cette nouvelle occasion à deux pas de la porte de celui qui attendait son injection.

Pour l'histoire, mon patient m'a avoué détester ces insectes mais quand je lui ai montré la photo il a avoué qu'elle était vraiment toute belle cette punaise et qu'il avait bien fait de ne pas désherber son parterre... Et moi, j'ai le sentiment d'avoir doublement gagné ma journée !

➡ Du-Bonheur-Pour-Ton-Coeur : si tu aimes les photos de punaise, de fleurs, de couchers de soleil et de nature toussa toussa je t'invite à me rejoindre sur mon compte Instagram en cliquant : ici !

mardi 18 juillet 2017

Sur ma joue.



35 degrés dehors, étouffant à l'intérieur. Je roulais la fenêtre ouverte en me rendant chez cette patiente qui m'avait donné du fil à retordre la veille avec sa perf' et j'avoue que je m'y rendais sans trop d'envie.

Je longeais un champ de blé pas encore moissonné et l'air par la fenêtre venait frapper sur ma joue des mèches de cheveux détachés de ma queue de cheval. Et puis, une mèche semble-t-il un peu plus forte est venue toucher ma pommette. Par réflexe j'ai porté mes doigts à mon visage et j'ai senti quelque chose de fragile coincé dans mes cheveux. Sur mon index, il y avait des pigments colorés et nacrés comme du fard à paupière.

Un papillon avait terminé sa course sur ma joue avant de trouver refuge dans une mèche de mes cheveux.

Je l'ai surveillé du coin de l'œil dans le rétroviseur jusqu'à mon arrivée chez ma patiente avant de le décrocher délicatement et de le déposer au creux de ma main. Il n'a pas survécu et il est mort là, comme ça au contact de ma peau... .
Je l'ai déposé dans le parterre de fleur à l'entrée de la maison de ma patiente. Ce parterre devant lequel son mari s'agenouille pendant des heures parce que la maladie de sa femme rend l'intérieur de sa maison un peu plus pesant chaque jour.

Je me dis que si il tombe dessus ce soir en grattant ses fleurs il se dira que la Vie est belle et fragile... Ou peut être qu'il ne verra rien et qu'il le jettera un peu plus loin parce que rien n'importe plus que ce qui se joue entre les murs de sa propre maison...

lundi 17 juillet 2017

Trois gorgées de bière et deux morceaux de fromage.



- Une bière ! Je te promets, j'étais à deux doigts de lui demander de me payer une bière !

J'étais en plein débriefe concernant la fin de ma tournée du soir avec mon conjoint. C'était notre petit rituel sur la terrasse et j'avoue que ce soir là, j'avais bien besoin de bière et de fromage de savoie pour décrocher de la tournée du soir qui avait débutée comme ça :


- Mais genre " maintenant maintenant " ou ça peut attendre la fin de ma tournée de soins ?

A priori ça pouvait attendre. Garée à l'arrache sur un trottoir, j'ai pris une fiche de route pour noter les informations de ma nouvelle patiente fraichement sortie de l'hôpital et dont les soins débutaient ce soir :

" Intramusculaire d'antibio' + sous cut' d'anticoagulant 
+ prise de sang x2 cette semaine + 
Pose de bandes de contention : tous les jours pendant 10 jours "


Cette série d'actes allait me forcer à solder une nouvelle fois mes soins étant donné que je ne pouvais pas facturer plus d'un soin et demi. J'ai profité de l'avoir au téléphone pour aborder avec ma patiente le fait que la pose de ses bandes de contention n'allaient pas lui être remboursé par la sécu' :

- Ah bon ? Mais j'ai pourtant une ordonnance de l'angiologue ! (grand classique du médecin non formé à la nomenclature...)

" C'est que la sécu refuse d'inclure la pose de bandes de contention dans la nomenclature qui nous permet de facturer nos soins. Je peux vous les poser, je suis formée pour, mais ça vous sera facturé non remboursé. C'est nul, je sais et ça m'énerve je vous le promet, mais..."

Mon téléphone a bipé, j'ai coupé court en promettant de passer la voir au plus tôt pour débuter ses soins et j'ai pris l'appel d'une patiente que j'avais perfusé le matin-même :

- Votre perfusion s'est... Déperfusée ?

J'ai rajouté "Arf !" mais dans ma tête ça sonnait "Fait chier !" et je lui ai répondu que je venais au plus vite. J'ai fait un soin rapide qui était sur la route et puis avant d'entrer chez ma patiente rebelle-de-la-perf j'ai envoyé un texto à ma nourrice pour prévenir que ma mère viendrait chercher mes filles, retard oblige. J'ai constaté le cathéter déperfusé, j'ai re-préparé une perf', j'ai repiqué et reperfusé en les quittant d'un joyeux "Si je dois repasser tout à l'heure, vous me préparez l'apéro !" avant de refermer leur maison. 30 minutes de retard.

J'ai continué ma route pour me garer devant chez ma nouvelle patiente non prévue. On a rediscuté de la pose des bandes de contention : elle acceptait de payer la pose tout en admettant que c'était con, pour elle et pour moi que la nomenclature ne soit pas mieux adaptée. Je n'ai pas pu la contredire et j'aurais adoré avec la Ministre de la Santé sous un bras et le grand patron de la Sécu sous l'autre..

Je suis repartie de chez elle au ralenti, un peu fatiguée. Ce premier jour de reprise prenait fin et pourtant la fin de ma tournée me semblait loin, mais loin ! Encore 18 jours... Les vacances semblaient bien loin d'un coup.

J'ai retraversé deux communes pour me rendre chez ma dernière patiente, ma grognon-chronique. Toujours de mauvaise humeur, un peu-beaucoup alcoolique, toujours en colère contre la vie, franchement démente, et ce soir... Complètement imbibée d'alcool, jusque dans son lit qu'elle avait trempée d'urines. 
Il faisait chaud elle avait bu, mais pas de l'eau. Elle, ce qu'elle aimait c'était le vin rouge, celui qui tâche ses robes à fleurs. Ma patiente était perdue de ne plus savoir si c'était la fin de journée ou le matin et j’ai maudit le soleil qui la perturbait autant les soirs d'été. Elle était agacée de me voir arriver en retard et j'ai maudit sa démence-alcoolisée qui me reprochait mes avances, mes retards et peut-être ma présence tout court. Moyennant négociation, j'ai réussi à la mettre au propre et je l'ai quitté en pleine guerre contre les mouches qui envahissaient toute l'année cette maison qui sentait l'urine de chat et la pâté pour son vieux chat roux.

Déjà 45 minutes de retard, j'avais envie de rentrer bisouiller mes filles pour bien clôturer ma journée avant qu'elles aillent se coucher et puis mon téléphone a sonné :

- Devinez quoi... Qu'est ce que vous aimez boire à l'apéro ? ... Je me suis re-redéperfusée.

Oui, débriefer de tout ça valait bien trois gorgées de bière et deux morceaux de fromages.

vendredi 14 juillet 2017

Se former pendant la sieste.



...Et tenter de rester concentrée.

J'ai une formation obligatoire de 7h à boucler absolument avant... Demain !
Donc pas le choix, je profite de la sieste de ma plus petite pour me remettre le nez dans les cours de cardio' afin de boucler ma formation sur la prise en charge des anticoagulants.

C'est comme à l'époque de l'IFSI, sauf que les sièges mous en faux cuir déchirés de l'amphi sont remplacés par mon canapé supra-confortable, que mes potes-voisines-confidentes-pendant-les-heures-de-cours ont été remplacé par ma fille et que l'écran géant à la qualité médiocre sur lequel on ne voyait rien a été remplacé par mon PC. Mon ordinateur et son lot de sites saboteurs de motivation.

Bilan, je n'ai pas avancé des masses sur ma formation. J'ai quand même appris que le coeur battait 100 000 fois par jour, qu'il pompait 8 litres par minute et que tous les vaisseaux (gros et petits) de l'humain mis bout à bout permettraient de faire 2 fois et demi le tour de la terre. Et ouais ! J'ai aussi appris qu'il y avait des soldes de ouf qui me permettraient de faire deux fois et demi le tour de mon salon en sautillant de joie.

Conclusion, le coeur est un organe fascinant et j'ai acheté une paire de baskets avec des paillettes et ça c'est grave chouette !! 💖

mercredi 12 juillet 2017

Faire un chèque.



... À contre-coeur 😉

A chaque fois que je dois payer une prune ou quelque chose qui ne me fait pas plaisir je mets à la place du lieu d'habitation "À... Contre-coeur" (une fois j'ai même noté "À... lors que je ne roulais même pas vite !!" Pour payer un petit excès de vitesse ^^ )

Pour les chèques-cadeau-de-noël-que-tu-sais-pas-quoi-acheter je note "À...vec Plaisir ♡" (avec un cœur ouais, les cœurs ça marche aussi ^^).

Je ne sais pas où se trouve ce fameux lieu "À... Contre-coeur", mais je peux te dire qu'il a hébergé pas mal de mes chèques et que je ne suis pas prête d'y passer mes vacances !

Maintenant je vais "à Contre cœur" partir à la recherche de la vraie caisse de ma patiente et je sens que ça ne va pas se faire "Avec plaisir".

vendredi 7 juillet 2017

Le petit signe du jour.



Un papillon au creux de la main et un accompagnement de fin de vie express.

Tout à l'heure, alors que j'étais en train d'ouvrir le coffre de ma voiture pour y fourrer ma mallette de soins, un joli papillon a volé autour de moi. Un beau noir et blanc, un Demi-Deuil, j'en ai plein mon jardin.

Il s'est posé au sol, tout près de ma chaussure. Il battait des ailes au soleil, un peu mal en point peut être. Je l'ai pris délicatement pensant le mettre en sécurité un peu plus loin, de peur qu'il ne se fasse écraser. Je l'ai mis dans le creux de ma main et je l'ai regardé... Les yeux d'un papillon sont noirs et ronds, et sont entourés d'un petit velours foncé. C'est beau.

Le Demi-Deuil s'est tourné sur le côté en refermant ses ailes au dessus de son dos, il a replié ses pattes dessous son corps. Et il est mort. Là, comme ça. Au creux de ma main. Mort.

C'est con, mais ça m'a fait bizarre. Je me suis demandée pourquoi ce papillon avait choisi de tourner autour de ma tête pour battre une dernière fois des ailes et pourquoi il s'était éteint au creux de ma main.

La Vie est étonnante des fois

mercredi 5 juillet 2017

Soirée comptabilité : You-pi.



Chouette.

J'applaudirais bien des deux mains, mais j'ai un relevé de compte sans justificatif dans l'une et une bière dans l'autre. 😒

J'ai ma compta pro' à préparer pour mon comptable plus celle du cabinet et de la SCM rattachée... Voilà le genre de soirée qui me fait regretter le salariat. .
Deux fois par an, mon comptable me laisse un message sur mon répondeur sur un ton aimable / agacé / fatigué (rayer les mentions inutiles, ou pas) pour que je lui rende "au plus vite" ma compta'...

Deux fois par an, j'ai la flemme. Mais genre balaise la flemme, et du coup je m'y prends au dernier moment. Enfin "on" s'y prend au dernier moment. Oui parce que mon homme étant lui aussi en libéral, et ayant lui aussi une belle grosse flemme, il a droit également à sa bière. On se motive comme on peut (en s'alcoolisant oui... Mais je mange de la salade !!)

Paye tes soirées de couple. Je crois qu'on a rien trouvé de mieux comme contraceptif...

Allez à la votre ! (Pour les amateurs de bière : la IPA c'est du bonheur pur-malté )

lundi 3 juillet 2017

Soyez courageuse Madame… Et démerdez-vous.







- Tu veux du sucre ou du miel dans ton thé ?


Elle a versé l’eau chaude dans ma tasse et s’est assise en face de moi en remettant une mèche de cheveux derrière son oreille. Les coudes appuyés sur le bord de la table, elle se réchauffait les mains en entourant de ses paumes sa tasse de café chaud. Elle m’est apparu toute petite d’un coup, et fatiguée. Non, épuisée. Depuis que son mari était hospitalisé, elle soufflait un peu, même si sa pudeur lui interdisait de le confier. Je savais que les derniers jours avaient été difficiles pour elle et je profitais de la fin de ma tournée pour passer prendre de ses nouvelles :


- C’est pas bien ce qu’ils ont fait…


« Ils » c’étaient les médecins de l’hôpital. Elle a détourné les yeux vers son chat qui se frottait contre le pied de la table. Elle avait dit ces quelques mots avec une voix douce, presque susurrée par l’épuisement. Accompagner son conjoint vers la fin de son existence, ce n’est pas rien. C’est un peu comme si ta vie à toi tout entière était en pause. Comme si l’espace-temps qui entourait la maison importait peu alors que, pour être honnête, tu lui en veux tellement à ce putain de temps. 
A ces minutes terribles où, impuissante, tu le regardes vomir. A ces heures interminables dans ton lit où tu fixes le noir de ton plafond, et que tu attends. A ces nuits blanches où tu tends l’oreille en te disant que c’est peut-être fini, et puis tu l’entends et tu te dis qu’il va encore falloir attendre... Ce putain de temps qui te fais culpabiliser de trouver ça long. Le temps qui distend les sentiments en les rendant fins, forts et fragiles à la fois. Le temps, dont tu manques pour profiter de lui, alors même que tu l'implores de passer plus vite, parce que tu n’en peux plus… 

Elle a caressé la tête de son chat qui avait fini par s’installer sur ses genoux.

J’ai soufflé machinalement sur mon thé qui n’était même plus chaud et en relevant les yeux sur elle, je me suis dit que c'était du gâchis. Parce que la maladie leur avait un peu voler la fin de leur vie de couple. Parce qu'elle leur avait épuisé le peu de temps qu'ils avaient à vivre à deux. A l'hôpital, ils n'avaient pas l'air de comprendre ce que c'était que de voir son mari dépérir dans ce lit dans lequel ils ont surement adoré faire l'amour et dans lequel ils ont certainement peur d'attendre la mort. A deux. Toujours.

Depuis les dernières transmissions de mon collègue, j’étais dans une colère dont j’avais du mal à me séparer, solidement accrochée à ma couenne de soignante car engluée dans une tristesse que j’avais du mal à cacher. Celle de voir partir un des patients auquel je tenais le plus…
 

-  Ils l’ont ramené à la maison alors que je les implorais de le garder. Les ambulanciers sont arrivés et on m’a dit qu’il fallait que je fasse preuve de courage pour les prochains jours...


samedi 1 juillet 2017

Les pieds en l'air et la tête ailleurs.



J'ai cru que j'allais louper le coucher de ce soir. La tournée de fin de journée, je ne la sentais pas... La tête ailleurs, auprès de lui, auprès de toi. Pas facile de voir partir un patient qu'on adore... Et puis finalement, je suis arrivée à temps à la maison. En retard, mais suffisamment à l'heure pour voir mes puces se coucher... Les voir partir la tête déjà dans les rêves et moi, la tête toujours un peu ailleurs...

Mais ces moments avec mes filles, je ne les échangerais pour rien au monde tellement ils sont précieux. De la paillette par conteneurs entiers pour me ravitailler quand j'en ai besoin, comme ce soir...

Des " bisou, encore un bisou !" et moi qui me demande comment tu vas dormir dans ta chambre d'hôpital ce soir. Mes doigts filant entre leurs cheveux fins et sur leurs fronts tout chauds et mes pensées vers tes proches qui doivent être au plus mal. Les portes de leurs chambres qui se referment et je la tienne que j'ai refermé et que je n'ouvrirais plus...

J'ai parfois l'impression d'être une demi-mère et une demi-soignante, dans un être tout entier et souvent pommé dans ce qui l'est juste de faire, de dire ou de ne pas montrer...

Ce soir, j'ai le coeur en vrac, je ne sais plus vraiment où j'en suis et je suis triste et en colère, si tu savais... Mais j'ai couché mes poussins et c'est déjà pas mal...