vendredi 9 juin 2017

Au creux de mon cou.






- Mon Tout-petit…


Je me suis avancée vers toi avant de m’agenouiller à tes côtés, toute petite que tu étais dans ton grand fauteuil. Les yeux rougis d’une nuit sans sommeil, tu me regardais de tes beaux yeux clairs sans cesser de me répéter « C’est pas juste. Pas juste… ». Et qu’est-ce que j’aurais pu te dire… J’ai pris ta main posée sur l’accoudoir et je l’ai serré doucement dans les deux miennes.

La patiente juste avant toi se disait fatiguée de porter sur son corps de vieille, les 94 années qui la séparaient du ventre de sa mère. Toi, tu venais de perdre celui qui était sorti du tien il y a longtemps, pourtant, à te voir recroquevillée sur toi-même ce matin-là, c’est comme si tu pouvais le porter contre ton sein, encore une fois. L’autre patiente m’avait montré de son index tendu, le plafond de sa cuisine :

- C’est lui, là, qui décide !

Un réflexe à la con m’a fait relever la tête. Marchant au plafond, je n'ai vu qu’une mouche qui jouait avec sa vie en passant au plus près du papier gluant. Le Grand Patron aurait-il des ailes, de gros yeux à facettes et une attirance pour ce qui se décompose et sent le rance ?
J’ai caressé ta peau fine qui roulait sous ma paume.

- Il n’y a pas de Justice, il n’y a pas de Bon Dieu. S’il existait, il m’aurait choisi à sa place. A la place de mon Tout-petit…

Des larmes, grosses, ont roulées sur tes joues avant de disparaitre sur le col en coton de ta robe de chambre. Tu n’avais de cesse de me répéter « Mon Tout-petit » en regardant ta main qui tenait ce mouchoir en tissu blanc tout mouillé et chiffonné. J’ai laissé le silence porter tes sanglots. Qu’est-ce que j’aurais pu te dire… Peu importe l’âge de la mère, peu importe l’âge de l’enfant personne ne devrait avoir à pleurer la perte de son Tout-petit.  J’ai ouvert mes bras et un peu mon cœur aussi et je me suis rapprochée de toi. Tu es venu loger dans le creux de mon cou ton cœur de mère dévasté d’avoir perdu son enfant. J’ai caressé doucement ton dos tout chaud…

 Qu’est-ce que j’aurais pu lui dire…

[ illustration de Rocyo Montoya


jeudi 8 juin 2017

Parce que ce n'est pas juste...

video


Rentrer de sa tournée le coeur gros et les yeux rouges... Se dire que la Vie n'est pas juste, parfois. Qu'elle est belle ok, mais que c'est aussi une belle garce, crois moi...
Virer sa sacoche de soin, sa veste et son sac à main et enlever ses chaussures pour aller mettre ses pieds nus dans l'herbe du jardin.

Et se poser... Et souffler jusqu'à s'en dégonfler la tristesse...

Ici les oiseaux chantent et s'en fichent que les gens pleurent. Ici les papillons volent et s'en foutent pas mal que les gens meurent...
La nature semble éternelle et presque détachée de tout ce qui l'entoure quand toi, d'un coup tu te dis que tu as tellement mal à ton coeur que tu te demandes si ce n'est pas une erreur de bosser avec...

Vivement demain que je passe la main

dimanche 4 juin 2017

Focu on the Good.




Décrocher mon téléphone, entendre ta voix qui tremble, rouler vite un peu trop vite, t'hospitaliser Toi, mon Patient-Chouchou-♡... Attendre que mon téléphone sonne encore pour avoir des nouvelles de ton passage au bloc, croiser les doigts et me dire que ça ne suffira peut être pas, me dire que la Vie est une belle garce...

La tournée d'hier a été une belle tournée de m*rde comme je ne les aime pas... espérons que celle d'aujourd'hui sera meilleure...

"Focus on the good" mes chatons et bon dimanche à vous, je vous embrasse

jeudi 1 juin 2017

Mes poussins.




- Maman, on a qu'à dire que tu travailles pas, d'accord ?

"D'accord !". Voilà ce que j'aurais aimer dire à ma fille alors que je venais de me rappeler que samedi c'est la fête de son école et que je travaille ce week end là.
- Au mieux, je ferais au mieux...

Voilà ce que je lui ai répondu. 

"Au mieux...", j'ai l'impression de dire ça à tout le monde. Au mieux, à mes patients quand j'essaie d'excuser à l'avance un retard évident pour leur soin du lendemain. Au mieux, à la nourrice de mes filles lorsque je lui annonce à l'avance que la tournée du soir va me prendre du temps et que je serais en retard pour récupérer mes enfants. Et au mieux à toi, mon Poussin, qui ne comprend pas encore pourquoi je ne suis jamais vraiment à l'heure et pas toujours là pour les moments importants...

Dimanche ta soeur aura deux ans et je sais que, lorsqu'elle ouvrira les yeux, je ne serais pas là pour déposer sur chacune de ses joues potelées le rituel-bisou-d'anniversaire que j'aime tant.

Je l'aime mon travail, vraiment. Mais j'ai parfois peur que mes filles m'en veulent de toujours faire au mieux sans réussir à vraiment faire tout court...