mercredi 21 septembre 2016

Coup de gueule infi' #21 : Les infirmiers, ces gros citrons.




- Ah oui oui, j’ai vu à la télé l’autre jour, y’avait des infirmières qui parlaient de leurs conditions de travail et tout. C’est vrai que vous avez pas un boulot facile hein… Vraiment dur et ingrat des fois.... ‘Pis vous êtes mal payé… Mais c’est un beau métier hein attention ! Mais moi j’voudrais pas l'faire… 

« J’voudrais pas l'faire… ». 

Le gentil petit père qui me tendait le bras pour sa prise de sang semblait presque peiné pour moi que je sois infirmière. Que je sois celle qui tenait l’aiguille à la recherche de l’unique micro veine dans le pli de son coude, pour 3€04 net. Que je sois celle qui venait laver, habiller sa femme dans une maison inadaptée pour 5€20 net la demi-heure. Que je sois celle qui parcourais les kilomètres au milieu des champs qui les séparaient du bourg dans lequel ils ne pouvaient plus se rendre, pour 2€50 à chacun de mes déplacements… 

Mais voilà même si mon métier est parfois « dur et ingrat », mes patients restent le formidable moteur de ma motivation à démarrer tous les matins. Grâce à eux, je n’ai presque pas besoin d’un pied de biche pour me décoller du matelas. Parce que je sais que ma petite-mamie-soleil va me sourire comme la veille, parce que je sais que mon autre patient-chouchou me demandera comment je vais moi et que ça me touchera comme la dernière fois, parce que je sais que sans mes soins, beaucoup de mes patients ne pourraient pas rester chez eux à profiter de ces maisons qui les ont parfois vu naitre.. 
Mais alors que j'aime profondément mon métier, ceux que je soigne me font parfois l’effet d’un morceau de sucre dans le réservoir tellement certaines de leurs réflexions, volontaires ou non, ralentissent voire stoppent mon envie de continuer à aider l’autre :

« Vous êtes en retard !... Et c’est déjà bien assez cher !... Vous trouvez pas ma veine alors que vot’ collègue, lui, il y arrive toujours !... Vous êtes en avance !... Ah parce que vous travaillez aussi le dimanche et à Noël ? Vous avez une sale mine ce matin !... Ah mais si, je suis sûr de vous avoir payé !... Ah bah pour une fois vous êtes à l’heure !... ».

« J’voudrais pas l'faire… ». Voilà ce qu'il m'a dit ce matin. Quelques mots tout cons comme autant de petits sucres dans mon moteur un poil fatigué je dois l'avouer. Et d’un coup, sans crier gare, je n’ai plus eu envie. Je me suis garée sur le bas-côté tout près de ce grand chêne, un des rares endroits où je captais suffisamment pour écouter mon répondeur : 


- Oui bonjour, voilà, je voulais savoir si vous pouviez venir voir mon pied parce que la plaie coule beaucoup et ça sent quoi… Ça sent pas bon en fait. J’ai une ordonnance mais le chirurgien m’a dit de faire mes pansements moi-même parce que je n'avais pas besoin d'une infirmière… Mais là ça fait dix jours que c’est rouge et ça coule et ça fait mal, voilà. Je serais chez moi qu’en début d’après-midi parce que je dois sortir faire des courses. A tout à l’heure !

Pfff. 

J’ai reposé ma tête contre le siège de ma voiture en soufflant ce bruit de ras le bol, comme si mon envie se dégonflait. Quelques semaines plus tôt s'étaient des injections ratées d'anticoagulants que j'avais dû rattraper chez une dame et peu de temps après s'était carrément des agrafes qu'un patient s'était enfoncé profondément dans la peau en voulant les enlever lui-même parce que son médecin lui avait dit qu'il n'avait pas besoin d'infirmière pour faire ça si il se procurait un ôte-agrafe... J'ai imaginé ces médecins dire à leurs patients combien mon travail était inutile et j'en ai eu marre, d'un coup, qu'on puisse supposer que je ne serve à rien. Et comme un engrenage à la con, je me suis mis à penser à tout ce que j'essayais de mettre de côté durant ma tournée pour ne pas parasiter mes soins et cet esprit « Full-of-love » avec lequel j’essayais de soigner chacun de mes patients. 

J'ai repensé aux cinq infirmiers qui s'étaient donné la mort cet été et à notre profession toujours dans l'attente que notre Ministre exprime une peine qui ferait écho à la notre. J'ai repensé à sa réponse sous la forme d'une «Prévention des risques psychosociaux-bla-bla-bla-ressers-moi-un-café» alors qu'on aurait besoin d'actions concrètes et non de tables rondes qui ne feraient que confirmer ce que l'on sait déjà : on a besoin de moyens et qu'on arrête d'associer la santé à la rentabilité. J'ai repensé à l'infirmière et à cette kiné libérale abattues il y a deux ans pendant leur tournée de soins et dont on a jamais entendu parlé dans les médias. J'ai repensé à ce patient qui me doit 17€ et qui refuse de me payer malgré mes relances depuis deux mois.  
J'ai repensé à la visite annuel de l'agent de la CPAM la semaine dernière à mon cabinet et qui a conclu notre entretien par un : « Nous allons augmenter les contrôles concernant les IK (le paiement des déplacements hors commune) et les tarifications de nuit, attention à vous ! » alors que ces deux points ne concernaient même pas mes soins. Je me suis dis que j'étais une fraudeuse avant même de l'être, je me suis dis qu'on se foutait bien de ne pas me payer, je me suis dis qu'on se foutait bien que les patients mettent leur santé en danger et qu'on en avait rien à faire que les soignants aillent mal... Je me suis dis que j'étais un citron.

J'ai regardé mes mains qui tenaient fermement le volant, pas décidées à passer la première. Je me suis revu regarder ces mêmes mains la veille au soir. Posées sur le clavier de mon ordinateur et ces doigts qui ne savaient plus quoi écrire alors que je relisais pour la énième fois le message de cette jeune femme en souffrance que j'avais reçu sur mon blog


- Je suis émue et enragée car il n'y a pas eu cinq infirmiers suicidés cet été, mais 6. La sixième, c'est ma Maman. Un lundi matin, elle n'a plus eu la force de se lever pour aller travailler. Elle était infirmière. C'était le 4 juillet, elle avait 48 ans.


J'ai dégluti une boule de tristesse aromatisée à la colère dont l'amertume me fit monter les larmes... A l’époque de mes coups de mou à l’hôpital, je refilais mon couloir à ma collègue en l’implorant de me laisser descendre fumer une clope deux minutes. Mais en libérale j'étais seule et j’avais eu depuis, l’excellente idée d’arrêter de fumer. 'Chié. 


J’ai baissé ma vitre. Dehors, le soleil se levait, le ciel était clair et l’air était frais. J’étais garée en bordure de ce champ de vaches dont les pattes étaient perdues dans la brume, putain que c’était beau ! C’était ma « rephase » à moi ça, les vaches, les champs et tout le kit d'infirmière de campagne. Ça marchait plutôt bien d’habitude mais ce matin-là je regardais mes mains qui ne bougeaient plus et qui agrippaient le volant.

Le regard perdu sur du rien, j’ai senti monter en moi la fatigue. Puis, la fatigue a laissé place à un ras le bol qui a laissé place à la colère. Et de la colère est apparu l’évidence : je suis un citron. 


Un putain de gros citron d'infirmière. Un citron pressé qui voit rouge et qui rit jaune.


Les politiques et les institutions du soin ont raison finalement. Ils ont tellement raison en fait de nous presser puisque tout le monde s’en fout de la santé des gens. Parce qu'ils chercheront toujours à faire des économies sur la santé au risque de mettre celle des patients et des soignants en danger, et tout le monde continuera de s’en foutre.

Mais ils ont raison parce que tant qu’il y aura des citrons il y aura du jus. Tant qu’il y aura du jus ils continueront de nous presser. Et on continuera de boire cette limonade dégueulasse avec laquelle ils nous rincent le gosier depuis trop longtemps… J’ai l’impression que ceux qui nous gouvernent, que ceux qui nous embauchent et que ceux qui nous payent pensent qu’ils nous tiennent par le bout de notre empathie. Ils sont persuadés qu'on continuera de soigner nos patients, parce que le droit de grève est inexistant dans les services et en libéral, parce qu’on aura toujours peur de mettre nos collègues et nos patients dans la panade. Ils se disent qu'on n'intentera jamais rien qui pourrait mettre en danger les autres parce qu'on les aime trop nos patients. 

Parce qu'on est des gros citrons de soignants. 

Parce que tant qu'il y aura du jus... Les politiques continueront de nous presser. Mais les soignants se tuent de soigner, les cinq suicides officiels de cet été auront au moins servi à le mettre en lumière : l'empathie et la bienveillance ne suffisent plus à garder un soignant droit dans ses crocs, nous avons besoin de moyens et de reconnaissance.

Il y a un effet-buzz autour du mal-être des soignants en ce moment. Des micro reportages dans les journaux télévisés, des interviews données dans les émissions de radio. Je ne sais pas combien de temps ça va durer. La parole se libère et je suis consternée mais à peine étonnée d'entendre ces discours de soignants que j'entendais déjà à l'école. Mais combien de temps va durer l'intérêt des médias pour notre cause ? Ils vont forcément se détourner de nous et demain on ne s'inquiètera plus de savoir comment nous allons, comment nous soignons et combien se sont tués de ne plus réussir à soigner ceux qui s'indignaient hier derrière leurs écrans de télé...

J'ai finalement dû redémarrer ma voiture parce que je commençais à être sacrément en retard. Et alors que je venais de pousser la porte de maison d'une dame que je connaissais à peine, son accueil pourtant souriant m'a fait grincer des dents : « Mais vous êtes en retard ce matin, vous devez être pressée ! ». N'ayant pas eu le temps de m'expliquer et me voyant vexée elle a rajouté : «Ah mais non, c'est pas pour vous faire la remarque, j'ai eu peur qu'il vous soit arriver quelque chose sur la route, tout va bien ?».

Tout va bien, c'est juste une histoire de citron... De citron pressé qui a un coup de mou...


Bonus-Marisol : je songe fortement à déposer un "AOC Citron Soignant de France" et à en offrir un filet à Marisol Touraine. Je suis sûr qu'on peut faire de très bons mojito avec...

19 commentaires:

Anonyme a dit…

Merci!

Anonyme a dit…

Juste un petit mot ça va être dur: la faute à la colère, à l'impuissance face à ces douleurs et la souffrance d'une infirmière que je connais trop pour l'avoir été pendant 10 ans en hospitalier et en libérale et pour avoir dit stop depuis 4 ans. Je ne pouvais continuer à exercer un métier que j'aimais mais ou j'étais en souffrance aujourd'hui je rénove des meubles dans mon atelier et je revis.Mais quand je vois, j'entends encore les mêmes souffrances qui me font tellement écho que ça me mets dans une colère de voir que rien ne change sinon s'empirer il faut quoi bordel pour que cette société bouge que des wagons de soignants de patients meurent !!une chose dite stop avant d'y laisser votre santé votre famille faite attention à vous car personne ne le fera pour vous! le courage ne suffit plus alors n'oubliez pas de vivre chrystelle fourage

Julie et Jonathan a dit…

Exactement d accord avec vous chrystelle je suis dans le même cas

Julie et Jonathan a dit…

Exactement d accord avec vous chrystelle je suis dans le même cas

Anonyme a dit…

Merci beaucoup de si bien relater ce qu'on vit ! Courage !

Anonyme a dit…

Très bien écrit et tellement réaliste... Je suis infirmière en maison de retraite, l'image "tranquille" du boulot en EHPAD que l'on nous donnait à l'école est bien faussée maintenant... mais il n'y a que nous que cela dérange de voir que ces gens qui ont passé tout une vie à travailler et payent 2000e / mois minimum ne peuvent pas avoir les soins ou l'attention qu'ils méritent. On parle beaucoup des urgences etc ces services "vendeurs" mais en France on a tendances à bien vite oublier que nos anciens aussi ont droit à la dignité au respect et à des soins de qualités ...

Magali Mehu a dit…

Que cet article est criant de vérité
Depuis 2004 je suis diplômée après 11 en service de réanimation 1 mois de jour 1 mois de nuit et 1 week end sur 2, les jours fériés et les fêtes d'école ratées la vie de maman de 3 enfants à fait que j'ai quitté l'hôpital.
Désormais je prends soin des enfants au sein d'une crèche. Mais on attend des infirmières un savoir, une écoute et des connaissances médicales et non paramédicales ( alors que nous sommes des paramédicaux)
Voir 3 reportages sur les conditions de travail et quelques lignes dans le journal c'est dur
Notre métier c'est une attention, un sourire, une aide mais aussi des larmes, une vie de famille adaptée ou adaptable, des projets et parfois une lassitude.
Le citron parfois perd son jus mais garde sa pulpe!��
Merci pr ces mots

Anonyme a dit…

Bonjour, je suis entièrement d'accord avec vous. Je suis auxiliaire de vie très je ressent aussi cette impression d'être un citron qu'on presse. On nous en demande toujours plus sans le moindre retour. Être disponible, souriante, agréable ... j'aimerais tant qu'on reconnaisse la qualité de notre travail et le mot Merci soit plus souvent utilisé !!!

Unknown a dit…

Infirmière libérale moi aussi en milieu rural depuis 17 ans...je n'en peux plus et je vais lâcher le navire bientôt pour les mêmes raisons que vous...je n'en peux plus....

Anonyme a dit…

Tu es en libéral ma grande .tu as encore plus le droit d être toi même .a la sacro-sainte phrase "vous êtes en retard " je répond "je livre pas des pizzas " essaye tu vas voir ça fait du bien à tout le monde et surtout à toi ��ne lâche pas surtout

Anonyme a dit…

Très beau texte.Qui montre exactement ce que je ressens. Infirmière depuis 10 ans j ai perdue la fois dans tout celà. Je raccroche à la fin de l année. Mais je crois que je suis beaucoup plus dure par rapport à la situation. Nous faisons un métier de boniche en colerette (tous les soignants autant que vous êtes) et il faut arrêter de se comporter en boniche courber le dos et exécuter sans broncher. Il n y a qu une solution MOBILISATION GÉNÉRALE. Une déçue et effondrée de son métier.

Nelz a dit…

Beaucoup de talent dans ces mots trouvés pour relater une vérité tellement... Vraie !
Et triste
Courage, on se tient les coudes au moins, à défaut d'être une vraie force face à nos employeurs, on s'épaule...

Unknown a dit…

En découvrant ton texte j'ai eu l'étrange impression que tu m'avais espionné durant mes tournées il y a quelques années. Perso j'ai raccroché 18 mois le temps de trouver un poste à dimensions humaines, attention, je ne vis pas avec les bisounours, je n'ai pas toujours le temps de me pauser dans ma journée, mais j'ai retrouver un certain équilibre professionnel. Mais comme j'ai connu ce mal-être pro qui laisse un goût degueulasse en bouche, ça me révolte encore plus que d'autres en souffrent ( ADN d'infirmière oblige). Bref tout ça pour dire que lâcher l'affaire n'est pas une hontes si c,est pour prendre soin de soi 5 minutes dans sa vie, pour réussir un bon saut et surtout un bon atterrissage il faut souvent prendre de l'élan. Bon courage et surtout n'oublies pas la principale qualité du citron c'est son acidité ;)

sylvie sanavio-blot a dit…

Comme je me retrouve dans vos propos
Infirmière libérale depuis près de 20 ans j'en suis à me demander si je vais pouvoir continuer ainsi encore 10 ans voire plus
De tout cœur avec vous
Un autre citron pressé qui n'a plus beaucoup de jus

Anonyme a dit…

Je me retrouve un peu dans ton article, mais j'ai tenu peu longtemps en tant qu'infirmière. En tout on va dire que j'ai travaillé 7 ans dans la santé, avant l'école comme FF Aide-soignante, puis pendant mes études à l'IFSI comme AS. Puis j'ai tenu à peine 1 an et demi comme IDE une fois diplomée. J'avais l'espoir qu'en tant qu'IDE ça irait mieux, qu'en étant en lien avec tous les soignants, je pourrai recentrer + facilement le patient au coeur du soin justement. Mais ça n'a pas été le cas. On s'en tamponne de notre avis et de nos idées, j'ai rapidement été en burn out, été toujours plus épuisée et me suis sentie impuissante face au manque de moyens, à cette course contre la montre pour courir après les médecins tout en tentant de rassurer les familles et les patients (parce qu'en cancéro, je considérais important de PARLER).

J'ai jeté l'éponge, je suis repartie dans un tout autre domaine. Je garde en tête que mes compagnons d'IFSI eux, continuent de travailler dans des conditions déplorables, qu'ils tiennent grâce aux sourires et à quelques moments précieux.

Personnellement, ça ne m'a plus suffit. Je prends désormais soin de moi, c'est peut-être égoïste, mais j'ai eu besoin de ça.
Je souhaite bien du courage à ceux qui tiennent le coup, qui se font presser. Très jolie image...

Anonyme a dit…

Quand un jour tu lis ces choses que tu penses au plus profond de toi, écrites par quelques un d autre ...

Diane C a dit…

Aujourd’hui j’en ai marre.
Aujourd’hui je lâche l’affaire.

J’ai toujours voulu aller aider dans un autre pays, là-bas, loin.
J’ai voulu aussi être barmaid. Travailler dans ces lieux de rencontres et d’échanges joyeux que sont les bars. Servir les gens, recueillir des sourires, être constamment dans la relation à l’autre, aider les gens à s’amuser.

Au final je pense que j’y laisserai moins ma peau.

Je repense à tous ces soignants, qui se sont suicidés récemment, dans le silence total des médias et de la population. Je suis clouée sur ma chaise en relisant encore une fois ce message, que vous avez reçu:

" Je suis émue et enragée car il n'y a pas eu cinq infirmiers suicidés cet été, mais 6. La sixième, c'est ma Maman. Un lundi matin, elle n'a plus eu la force de se lever pour aller travailler. Elle était infirmière. C'était le 4 juillet, elle avait 48 ans."

Je lis cet article sur un cadre de santé surmené, porté disparu, qui après plusieurs jours de recherche, a été retrouvé, complètement amnésique. Lui aussi, il a décroché. Après avoir lutté pour maintenir une qualité de soins, il a court-circuité et s’est transformé en corps guidé par une brume, complètement hagard…

J’essaye de réfléchir à ce qui fait que je n’ai pas encore rejoint la pelletée de soignants qui s’est donné la mort.
Je pense que je le dois aux rires de Mr I. , au regard de Mr J., aux remerciement de Mme Y. ,…
Mais combien de temps ces trésors d’humanité que nous apportent parfois nos patients vont réussir à maintenir de justesse , cette balance très lourde qui penche ? Qui penche dangereusement du côté du burn-out, du décrochage. Alourdie par la maltraitance institutionnelle envers les soignants, par le harcèlement moral, par le manque de moyens et de temps. Alourdie par la non-reconnaissance de notre travail, par le non-respect du droit du travail, avec les heures non payées, les glissements de tâches et j’en passe. Alourdie de protocoles et lourdeurs administratives qui viennent se substituer à l’humain et au bien du patient. Alourdie par la pression morale et les responsabilités toujours plus nombreuses.

Je n’arrive plus à retenir ma balance. Elle penche trop….

J’ai essayé.J’ai essayé de porter ma profession, de porter nos droits. Mais j’ai été muselée. Tel un chien.
J’ai signalé, de façon la plus diplomatique possible (et en tant que déléguée du personnel), des oublis sur notre salaire, des points de nos droits fondamentaux non-respectés. J’ai alerté sur des situations de violence.
En réponse, j’ai reçu des intimidations déguisées. J’ai été menacée sur mon contrat. Une clause de celui-ci a d’ailleurs été rompue, sous des motifs déguisés.
Et comme je continuais de préserver ma profession, on a continué de me mettre des coups de batte. Une sanction disciplinaire est tombée. Encore une fois sous un motif déguisé. Le motif de la soi-disant « faute » aurait pu être reproché à n’importe quel salarié. Tous ont déjà effectué ce que l’employeur veut faire passer pour « faute ».
Mais tel un charognard, il faut continuer de manger la bête, même déjà morte, même déjà à l’agonie, l’achever. Il m’achève afin que je ne puisse plus parler.
Parce-que c’est comme ça que ça fonctionne. Si un soignant ose alerter sur la situation, il ne faut surtout pas que ça fasse de vagues, il faut étouffer la tempête.
Alors on étouffe. On étouffe de façon pernicieuse, cachée, par manipulations, intimidations, chantages, harcèlement et sanctions déguisées.

J'étais battante.
Mais ça y est. Cette force a été consommée jusqu’à la moelle.


Alors demain je me lèverai, car je ne veux pas mourir pour cette profession.
Je ne veux pas finir comme ces dizaines d’infirmiers et de médecins cet été…
Je me lèverai, j’enfilerai un sourire, j’essayerais de choisir celui qui fait le moins faux. Car mes patients en ont besoin. Je me rechargerai un peu lors des sourires des patients, pour que ma batterie tienne au moins jusqu’à la fin de la journée.
Et je rentrerai, me regarderai dans la glace et me dirai que Barmaid, c’est bien aussi.

Anonyme a dit…

Eh bien...
moi aussi infirmière en Ehpad, un peu à bout malgré mes 4 ans d'ancienneté. Le pire est de penser que je suis sensée faire ça pendant, aller...40 ans!
La où je travaille, mais c'est partout pareil, tout repose sur l'infirmière. Les médecins se reposent sur nous, les aides soignantes aussi ("transmis à l'Ide" est leur transmission favorite), la cadre m'a clairement dit "quand je ne suis pas là, c'est à vous de me remplacer, l'infirmière à un rôle central vous savez!" Oui je sais... Mais à un moment on ne peut pas tout faire bien, dans les temps et avec le sourire. On nous pousse à la faute, on nous décourage à coup de salaire minimum, et de planning maximum.
Une jeune fille m'a dit il y a peu qu'elle voulait devenir infirmière. Et je me suis entendue lui répondre que je ne le conseillait à personne qui envisageait une vie normale. Quand je suis rentrée à l'Ifsi, j'étais tellement fière! Maintenant je suis dépitée. Dégoûtée d'être toujours la cinquième roue du carrosse que personne n'entends.
J'ai 25 ans, un petit garçon que je veux voir grandir. Alors j'ai décidé que mon métier était un gagne pain et pas une cause de dépression. Mais pour ça, avec tout le recul du monde, je vais devoir changer de profession.
Et je ne sais pas quoi faire d'autre, parce que c'est le seul métier qui m'interresse. Mais pas comme ça.

Unknown a dit…

Bonjour,
je découvre ton blog, après avoir entendu parler de ton livre (que je vais commander, of course)
merci de prendre le temps après nos dures journées, de faire ce blog
j'ai eu 60 ans, je n'y aurai pas pensé.
j'ai 19 ans de cancéro et 22 de libéral..............
l'an dernier 10 mois d'arrêt pour un "burn-out", un vrai , me suis écroulée après le DC d'un petit bonhomme de 4 ans. Diagnostic à 18 mois, maman qui avait déjà perdue une petite fille à 4 ans, d'une maladie auto-immune, et là cancer.........Au diagnostic, la difficulté lui en a fait oublié la pilule, et reBB, pendant , les chimios, les rayons etc etc
elle a finit par nous demander que le petit reste à domicile, puisque la sœur est DCD pendant que maman rentrait à la maison..........
dur.......dur........
ça m'a fait couler, pourtant j'étais une IDE comme toi passionnéeJ'ai repris le boulot le 2 janvier, et cet été après avoir fêté mes 60 ans, j'ai fait une tentative de suicide..2 jours de réa, 9 jours de "psychiatrie"..pffffff
mes enfants très touchés........bref
résultats, toutes mes assurances, m'ont envoyée bouler......(92000 euros en 22 ans) et 1373 euros de la carpimko qui m'a collée "en invalidité"
juste pour te dire,
PRESERVE TOI, attention, le jus du citron en fait, c'est NOTRE ENERGIE VITALE et tout le monde s'en moque, si BRIGITTE se suicide, demain ils appellent MARTINE ou SOPHIE....ILS S'en moquent, du moment que le nonne de service viendra mettre au propre papy qui en a du cou jusqu'au genoux...ou faire le pst de ces "seins que l'ont -m'a REPRIS-......qu'en pensez vous?
ILS SONT DROIT? ILS SONT EN POIRE?
GRRRRRRRRR
UNE PASSIONN2E? DEGOUTEE,EPUISEE,SATUREE
bon courage à tous et toutes les collègues, pensez A VOUS et A VOTRE FAMILLE
9 ide sur 10 y laissent leur couple.......

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