lundi 14 août 2017

C'est l'infirmière, le livre !





Gros YOUPI et danse de la joie ! 💖

C'est avec une immense joie, qu'est ce que je dis : "une euphorie incontrôlable avec le coeur qui bat fort toussa toussa" que je vous annonce la sortie de mon livre "Bonjour, c'est l'infirmière !" ! 😁

Ralala, comment ça a été dur de ne rien vous dire alors que je planche dessus depuis la fin de l'année dernière ! Depuis qu'une éditrice de Flammarion m'a contacté pour me proposer de sortir un livre chez eux. Flammarion quoi !! 😁 (Gniiiii-débile dans la voix !)

Depuis hier, mon livre est en impression et il sera disponible dans vos librairies fin septembre ! (Re-Gniiiiii-fierté-flippée cette fois). Il me tarde de le sentir, tu sais l'odeur fabuleuse du livre neuf ! C'est con mais je crois que c'est uniquement à ce moment que je capterai que j'ai vraiment écrit un bouquin !

Et puis, je me dis que vous aussi vous allez le sentir, trouver qu'il sent bon peut-être. Que vous allez le lire sûrement aussi... Et j'ai peur. Parce que je sais peut être écrire des brèves, mais un livre, c'est autre chose...

Mais j'ai tellement hâte de le savoir entre vos mains ! 😁💜
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Il y aura une dédicace-rencontre de prévue à Angers, ma ville (Anjou-Powa ! 💖) et peut-être que d'autres suivront, ça dépendra de vous et de vos demandes auprès de vos libraires !

Je vous embrasse et je vous remercie pour tout, parce que sans vous, ce livre n'existerait tout simplement pas ! ME R C I mes Chatons-Mignons !! 💜💚💙💛 (ça commence à faire beaucoup de cœurs...)

Je vous tiens au jus pour la suite (couverture, date de sortie, médiatisation, moi sur Paris face aux médias, toussa toussa !) Bisou 😙 et un dernier Gniiii-💙 pour la route !

mardi 1 août 2017

Quatre poires et des soucis.





- Tiens ! R’garde donc ce que j’ai bêché pour toi ce matin !


Une motte de soucis dans un sac à légume préparée pour la toute dernière fois que je venais la voir. J’étais ravie parce que je lorgnais sur le parterre de fleurs jaunes de ma vieille patiente depuis des semaines, depuis qu’elle m’avait appelé un dimanche pour me dire :


- Charline, tu pourrais passer me voir s’il te plait ? J’essaie de soigner ma jambe toute seule depuis des jours, mais je sens bien que ça ne va pas !


Une large plaie découpait son tibia tout maigre mais la vieille dame tenace n’avait pas voulu déranger le médecin pour si peu. Et puis le « si peu » s’était transformé en quelque chose de douloureux, rouge et infecté et nécessitait maintenant un passage chez le médecin et ma visite régulière à son domicile pour refaire ses pansements. Mes gants, mes pinces et mes mains pour m’occuper de cette toute petite vieille dame de 93 ans qui vivait seule au milieu de ses fleurs et qui s’en voulait presque de me déranger pour un accident qu’elle trouvait bien bête. 
La bêche c’était pourtant son truc à elle. Tous les matins après avoir bu son café, elle partait dans son jardin pour gratter ses parterres, biner son potager et puis l’autre jour, c’était sur son tibia qu’elle avait ripé : 


- Tu parles d’une histoire toi, se bêcher la jambe au lieu de bêcher la terre, qu’elle idée !

dimanche 30 juillet 2017

Les laisser, un peu.




- R'garde Maman, c'est trop drôle !!

Les DVD Pixar et les gosses ça marchent toujours, surtout en fin de journée quand tu veux être tranquille... 😊

J'ai loupé la vanne soit disant drôle du film que regardaient mes poussins parce que mes yeux étaient rivés sur mes boots que j'étais en train de lasser. Je devais retourner bosser, repartir soigner mes gens.
Certains aiment travailler le dimanche pour sa tranquillité, moi je préfère rester chez moi, tranquillement auprès des miens, auprès de mes poussins... Ce soir j'ai la flemme, j'ai pas envie de les quitter.


- La tournée est légère, je ne rentre pas tard mes biches. Je vous laisse, un peu. Pas longtemps...

dimanche 23 juillet 2017

L’infirmière qui valait 5 points.




- Ah, mais vous êtes partout ! Je vais en gagner des points cette semaine !

Elle avait bonne mine. La dame tout juste septuagénaire portait de jolis vêtements qui lui allaient bien, elle avait le teint plus clair et ce sourire discret bien plus présent que la toute première fois que je l’ai vu, il y a plusieurs mois. C’était semble-t-il l’amie d’une de mes patientes dont les pansements d’ulcères coulaient au point de nécessiter une réfection quotidienne. 

Celle qui avait bonne mine et qui comptait les points était une dame que je voyais tous les trimestres pour des prises de sang. Toujours chez elle, jamais à mon cabinet. Parce que chez elle ça sentait le café et le cocon rassurant d’une maison vide qui avait abrité la vie de toute une famille. Parce que venir au cabinet voulait dire affronter le dehors, le regard de ceux qui ne vous calculent pas et les sourires des voisins qu’elle ne connait plus.
Elle avait accompagné pendant de nombreuses années son mari dont la maladie chronique et dégénérative ressemblait à un carcan, une grosse carapace qui avait enfermé en dedans lui l’homme qu’elle ne reconnaissait plus vraiment. Un Alzheimer bien cogné qui avait creusé d’énormes trous dans le passé en laissant ma patiente vivre le présent aux côtés d’un homme qui n’avait plus d’identité.  Le couple avait fini par se couper du monde en ne partageant plus rien de la vie du dehors. Par peur des regards, par fatigue de devoir toujours tout réexpliquer à ceux qui ne comprendront jamais et par pudeur de ne pas étaler aux yeux de tous l’état de santé d’un homme qui ne la reconnaissait plus et qui se demandait qui était cette femme qui disait être la sienne.


- Ça fait dix ans, et pourtant c’est comme si c’était hier. J’ai l’impression que je vais crever dans cette maison. Elle m’étouffe mais j’ai peur d’en sortir. Je ne sais plus comment faire avec les autres… 

La dépression c’est terrible. C’est comme être au fond d'un puits aux parois toutes lisses. On se dit qu’on va finir par retrouver la surface mais il n’y a rien pour s’agripper et aider à remonter. Son puits à elle était très profond, mais genre vraiment profond, au point qu’une fois elle avait décidé de ne plus relever la tête en cherchant la lumière et avait préféré crever au fond de son trou, avec des cachetons dans une main et de l’alcool dans l’autre. Elle avait appelé son médecin et je m’étais retrouvé chez elle le lendemain avec ma mallette de soins, ma boite à prise de sang et mon échelle de corde sous le bras.

Tout en préparant mon matériel nous avons parlé de son mari, de ces dix années qui avaient suivi sa mort et qui l’avaient fait descendre aussi bas. Et puis j’ai serré le garrot et nous avons parlé de sa déco et de ce tableau magnifique et coloré au-dessus du canapé. J’ai alcoolisé le pli de son coude avec un coton et nous avons parlé de l’odeur de café et je lui ai demandé ce qu’elle allait manger pour l’accompagner. J’ai piqué et j’ai parlé du chat qui dormait sur la chaise tout près d’elle et qui préférait habituellement le jardin à l’obscurité de sa maison. Sentant qu’elle se renfermait j’ai commencé à enfiler les tubes dans le corps de pompe et je lui ai parlé de son jardin. De sa sauge en fleur, magnifique et rose dans l’entrée et du Lila des Indes devant sa porte et qui aurait besoin d’être taillé si elle voulait qu’il refleurisse :


- Cet arbre-là ? Je ne savais pas comment ça s’appelait ! Mon mari l’a planté quand nous avons acheté la maison…

La nostalgie l’a reprise. Pour tailler l’arbre, il fallait sortir… Pour sortir, il fallait qu’elle en ai l’envie… L’envie de sortir du fond de son puits aux parois toutes lisses.
Alors que j’étais en train de prélever mon dernier tube, j’ai décidé de sortir mon échelle de corde. Une échelle aussi longue que la distance qui la séparait de la surface et je lui ai dit « Je vaux 5 points ». Elle a relevé son visage vers moi en relevant les sourcils sans vraiment comprendre ce que je venais de dire :


- Disons que vous allez passer un contrat avec vous-même. Il n’y a rien à gagner à part l’immense satisfaction d’avoir réussi toute seule à remonter à la surface via l’échelle de corde que je viens tout juste de balancer jusqu’au fond de votre trou. 

samedi 22 juillet 2017

Quand je regarde ma fille jouer...



... Je me dis que c'est bien une fille d'infirmière ! 😊

En ce moment, j'ai un tout petit gamin que je vois plusieurs fois dans la semaine pour des pansements. A chaque fin de soin, je lui mets la pince kocher et la pince à disséquer en plastique du set de pansement dans un petite compresse. C'est son "Cadeau du courageux " pour le remercier pour sa patience pendant son pansement douloureux. Je crois qu'il va finir par avoir une sacrée collection de pinces d'ici la fin de sa série de soins !

En attendant, à la maison mes puces ont des pinces kocher et des seringues pour soigner ou torturer _ des fois on en est pas loin_  leurs jouets !

vendredi 21 juillet 2017

Oh punaise!



- Ah ! Je me demandais si c'était bien vous qui veniez de vous garer devant chez moi !

Mon patient-plus-trop-patient s'est approché doucement de moi, curieux de comprendre pourquoi je me tenais accroupi devant ses fleurs avec mon portable à la main.

Une punaise des céréales (de la famille des Pentatomes), voilà pourquoi j'avais mis du temps à sonner à sa porte ! Mais j'avoue, ce n'était pas complètement vrai : j'étais accroupie avec une enveloppe bleue de la CPAM pris à la va vite dans mon agenda et le ciseau de mon sac à main pour piquer à mon patients des graines de Scabieuse (La couleur pourpre que je n'ai pas dans mon jardin) qui avait grainées sur le bitume devant chez lui... Et puis je l'ai vu : ma jolie punaise des céréales !

J'étais tombée sur la même il y a quelques jours accrochée à l'écorce de mon châtaignier. Mais elle tournait tout autour, pas décidée à se laisser photographier (sûrement une juvénile, les plus vieilles sont un peu plus dociles). Je ne pouvais pas louper cette nouvelle occasion à deux pas de la porte de celui qui attendait son injection.

Pour l'histoire, mon patient m'a avoué détester ces insectes mais quand je lui ai montré la photo il a avoué qu'elle était vraiment toute belle cette punaise et qu'il avait bien fait de ne pas désherber son parterre... Et moi, j'ai le sentiment d'avoir doublement gagné ma journée !

➡ Du-Bonheur-Pour-Ton-Coeur : si tu aimes les photos de punaise, de fleurs, de couchers de soleil et de nature toussa toussa je t'invite à me rejoindre sur mon compte Instagram en cliquant : ici !

mardi 18 juillet 2017

Sur ma joue.



35 degrés dehors, étouffant à l'intérieur. Je roulais la fenêtre ouverte en me rendant chez cette patiente qui m'avait donné du fil à retordre la veille avec sa perf' et j'avoue que je m'y rendais sans trop d'envie.

Je longeais un champ de blé pas encore moissonné et l'air par la fenêtre venait frapper sur ma joue des mèches de cheveux détachés de ma queue de cheval. Et puis, une mèche semble-t-il un peu plus forte est venue toucher ma pommette. Par réflexe j'ai porté mes doigts à mon visage et j'ai senti quelque chose de fragile coincé dans mes cheveux. Sur mon index, il y avait des pigments colorés et nacrés comme du fard à paupière.

Un papillon avait terminé sa course sur ma joue avant de trouver refuge dans une mèche de mes cheveux.

Je l'ai surveillé du coin de l'œil dans le rétroviseur jusqu'à mon arrivée chez ma patiente avant de le décrocher délicatement et de le déposer au creux de ma main. Il n'a pas survécu et il est mort là, comme ça au contact de ma peau... .
Je l'ai déposé dans le parterre de fleur à l'entrée de la maison de ma patiente. Ce parterre devant lequel son mari s'agenouille pendant des heures parce que la maladie de sa femme rend l'intérieur de sa maison un peu plus pesant chaque jour.

Je me dis que si il tombe dessus ce soir en grattant ses fleurs il se dira que la Vie est belle et fragile... Ou peut être qu'il ne verra rien et qu'il le jettera un peu plus loin parce que rien n'importe plus que ce qui se joue entre les murs de sa propre maison...

lundi 17 juillet 2017

Trois gorgées de bière et deux morceaux de fromage.



- Une bière ! Je te promets, j'étais à deux doigts de lui demander de me payer une bière !

J'étais en plein débriefe concernant la fin de ma tournée du soir avec mon conjoint. C'était notre petit rituel sur la terrasse et j'avoue que ce soir là, j'avais bien besoin de bière et de fromage de savoie pour décrocher de la tournée du soir qui avait débutée comme ça :


- Mais genre " maintenant maintenant " ou ça peut attendre la fin de ma tournée de soins ?

A priori ça pouvait attendre. Garée à l'arrache sur un trottoir, j'ai pris une fiche de route pour noter les informations de ma nouvelle patiente fraichement sortie de l'hôpital et dont les soins débutaient ce soir :

" Intramusculaire d'antibio' + sous cut' d'anticoagulant 
+ prise de sang x2 cette semaine + 
Pose de bandes de contention : tous les jours pendant 10 jours "


Cette série d'actes allait me forcer à solder une nouvelle fois mes soins étant donné que je ne pouvais pas facturer plus d'un soin et demi. J'ai profité de l'avoir au téléphone pour aborder avec ma patiente le fait que la pose de ses bandes de contention n'allaient pas lui être remboursé par la sécu' :

- Ah bon ? Mais j'ai pourtant une ordonnance de l'angiologue ! (grand classique du médecin non formé à la nomenclature...)

" C'est que la sécu refuse d'inclure la pose de bandes de contention dans la nomenclature qui nous permet de facturer nos soins. Je peux vous les poser, je suis formée pour, mais ça vous sera facturé non remboursé. C'est nul, je sais et ça m'énerve je vous le promet, mais..."

Mon téléphone a bipé, j'ai coupé court en promettant de passer la voir au plus tôt pour débuter ses soins et j'ai pris l'appel d'une patiente que j'avais perfusé le matin-même :

- Votre perfusion s'est... Déperfusée ?

J'ai rajouté "Arf !" mais dans ma tête ça sonnait "Fait chier !" et je lui ai répondu que je venais au plus vite. J'ai fait un soin rapide qui était sur la route et puis avant d'entrer chez ma patiente rebelle-de-la-perf j'ai envoyé un texto à ma nourrice pour prévenir que ma mère viendrait chercher mes filles, retard oblige. J'ai constaté le cathéter déperfusé, j'ai re-préparé une perf', j'ai repiqué et reperfusé en les quittant d'un joyeux "Si je dois repasser tout à l'heure, vous me préparez l'apéro !" avant de refermer leur maison. 30 minutes de retard.

J'ai continué ma route pour me garer devant chez ma nouvelle patiente non prévue. On a rediscuté de la pose des bandes de contention : elle acceptait de payer la pose tout en admettant que c'était con, pour elle et pour moi que la nomenclature ne soit pas mieux adaptée. Je n'ai pas pu la contredire et j'aurais adoré avec la Ministre de la Santé sous un bras et le grand patron de la Sécu sous l'autre..

Je suis repartie de chez elle au ralenti, un peu fatiguée. Ce premier jour de reprise prenait fin et pourtant la fin de ma tournée me semblait loin, mais loin ! Encore 18 jours... Les vacances semblaient bien loin d'un coup.

J'ai retraversé deux communes pour me rendre chez ma dernière patiente, ma grognon-chronique. Toujours de mauvaise humeur, un peu-beaucoup alcoolique, toujours en colère contre la vie, franchement démente, et ce soir... Complètement imbibée d'alcool, jusque dans son lit qu'elle avait trempée d'urines. 
Il faisait chaud elle avait bu, mais pas de l'eau. Elle, ce qu'elle aimait c'était le vin rouge, celui qui tâche ses robes à fleurs. Ma patiente était perdue de ne plus savoir si c'était la fin de journée ou le matin et j’ai maudit le soleil qui la perturbait autant les soirs d'été. Elle était agacée de me voir arriver en retard et j'ai maudit sa démence-alcoolisée qui me reprochait mes avances, mes retards et peut-être ma présence tout court. Moyennant négociation, j'ai réussi à la mettre au propre et je l'ai quitté en pleine guerre contre les mouches qui envahissaient toute l'année cette maison qui sentait l'urine de chat et la pâté pour son vieux chat roux.

Déjà 45 minutes de retard, j'avais envie de rentrer bisouiller mes filles pour bien clôturer ma journée avant qu'elles aillent se coucher et puis mon téléphone a sonné :

- Devinez quoi... Qu'est ce que vous aimez boire à l'apéro ? ... Je me suis re-redéperfusée.

Oui, débriefer de tout ça valait bien trois gorgées de bière et deux morceaux de fromages.