samedi 18 février 2017

... Quand tu rends visite à l'une de tes patientes à l'hôpital.




- Je peux pas trop vous dire ce qu'il en est...

L'infirmière que j'avais devant moi était pressée et regardait sa fiche de transmissions à la recherche d'info à me donner... Je venais de lui rendre visite. A elle, ma chouchou-de-patiente. La collègue à blouse blanche a tourné sa feuille de transmissions dans tous les sens pour chercher des informations sur les annotations au stylo bille qu'elle avait noté dans la marge :

- Vous en savez certainement plus que moi au final... Je ne la connais que depuis hier...

Et moi depuis plus de trois ans... Je l'ai remercié pour le temps qu'elle m'a accordé et je lui ai souhaité bon courage pour son tour du soir avant de quitter le service...

Il y a toujours dans les hôpitaux une odeur de maladie endormie, une ambiance particulière collant aux murs des longs couloirs. Je suis tellement contente d'avoir quitté ma blouse pour préférer les maisons de mes gens aux chambres numérotées de tous ces patients...
J'aurais voulu lui ramener un peu de ce qu'elle n'a plus dans cette chambre, un peu de sa maison qui sent si bon le café froid...

Et puis, j'ai pensé à ma si jolie campagne angevine, j'ai repensé à son jardin, je lui ai raconté le lever de soleil splendide de ce matin et j'ai formé avec mes mains la forme des nuages que j'avais vu dans le ciel... Ses yeux se sont éclairés, elle m'a souri et d'un coup j'ai oublié la fatigue des sept jours et mon coup de blues de me dire que je ne serais peut être plus là pour la soigner...

Je ne sais pas où s'arrête le soin...

Je ne sais pas si il se limite à ce qui est prescrit, à ce qui est dit où aux nuages dessinés du plat de la main dans l'atmosphère calfeutrée d'une chambre d'hôpital. Mais ce soir je ne me suis jamais autant senti à ma place de soignante qu'en ayant sa main dans la mienne, sans gant et sans blouse blanche...

dimanche 12 février 2017

Un petit mélange de rien.





- Oui bonsoir, je me permets de vous appeler parce que vu l’heure, je me demande si vous ne m’avez pas oublié !

La voix que j’écoutais sur mon répondeur était douce, presque susurrée. La jeune femme ne semblait pas inquiète de ne pas me voir arriver et le ton de ses mots laissait presque penser que cela l’amusait. Je l’ai rappelé de suite. Gênée, je lui ai fait répéter son nom encore une fois et je cherchais des yeux l’emplacement de son soin dans mon agenda. Rien. B*rdel, je l’avais vraiment oublié !

« Je fais au plus vite ! », je lui ai dit mot pour mot ce que je venais de répondre aux trois autres patients qui m’avaient appelé avant elle, plus inquiets qu’agacés de ne pas me voir franchir la porte de chez eux pour les soigner. Parce que j’avais quarante minutes de retard dans ma tournée de ce soir. Quarante minutes. Je ne savais même pas comment rattraper ça ! Et j'allais devoir en plus caser le soin de ma patiente-oubliée…

Il y avait eu cette très vieille dame qui refusait de passer la nuit ailleurs que dans son canapé mou en velours à fleurs. J’avais dû négocier tout en douceur pour la décider à se lever pour finalement me rendre compte que ma vieille patiente était souillée de selles jusqu’aux épaules. La pauvre. Grande toilette et eau de Cologne, nettoyage du fauteuil et lancement de la machine à laver pour nettoyer l'unique robe d'hiver que son manque de fric empêchait de changer. Il y avait eu cette maison que je ne trouvais pas dans le noir parce que tous les voisins s’étaient accordés pour ne pas mettre de numéro sur leurs façades. Il y avait eu ce pansement pas prévu mais que j’avais dû refaire « parce qu’il s’est décollé sous la douche tout à l’heure !». Il y avait eu ce texto reçu d’une des rares patientes possédant mon numéro de portable, ma patiente-chouchou qu’un p*tain de cancer était en train de m’enlever… « Je me suis faite hospitaliser, je suis tellement fatiguée… Je t’embrasse ». Je l’ai rappelé, comment faire autrement ? J’avais besoin de l’entendre et de lui parler, lui dire que je pensais à elle. Comme pour continuer à la soigner…

vendredi 3 février 2017

Le manifeste des 600 000.




Ce manifeste a été écrit par 4 infirmières exerçant au quotidien auprès des malades partout en France . Elles sont également blogueuses et observent chaque jour le malaise et le mal être de beaucoup de leurs confrères et consœurs . Ce manifeste est pour eux mais aussi pour tous ceux qui fréquentent , vivent , encouragent , soutiennent chaque jour les infirmiers partout sur le territoire français.


Je suis Paul étudiant en soins infirmiers de troisième année. Si tout va bien, je serai bientôt diplômé.  Dans ma famille, nous sommes nombreux à exercer  ou à avoir exercé des professions liées aux soins. C’est un peu comme si chacun de nous était tombé dans une potion magique à la naissance. Mon arrière grand-père me parle souvent de la guerre, de sa guerre à lui pour sauver des vies lors du débarquement de Normandie. Ma grand-mère me raconte Mai 68 et les barricades sur lesquelles elles s'est battue pour les droits des femmes et des salaires décents. Ma mère me dit ô combien il était aisé de trouver un poste d'infirmière dans les années 90. Elle me parle de l'amour qu'elle avait pour son métier, des étudiants qu'elle prenait plaisir à encadrer, du temps qu'elle passait avec eux et de sa satisfaction à les voir évoluer.

Je suis Paul, étudiant en soins infirmiers de troisième année. Si tout va bien, je serai bientôt diplômé. Hélas, je suis conscient de mes lacunes et de la détermination dont il me faudra faire preuve pour les combler. Durant ces 36 mois de formation,  J'ai été peu encadré lors de mes stages.  Il n'y a personne à incriminer en particulier, seul le manque de temps ou de personnel peuvent être responsables de telles situations. Dans les services qui m'ont accueilli, J'ai souvent eu le sentiment confus de boucher des trous, de colmater des brèches, de plâtrer du mieux que je pouvais et ce, avec un professionnalisme plus qu'hasardeux.

Je suis Paul, étudiant en soins infirmiers de troisième année. Si tout va bien, je serai bientôt diplômé. Je suis impatient d'entrer dans la vie active mais j'avoue que l'avenir me fait peur. Ces dernières années, les nouveaux infirmiers fraîchement débarqués sur le marché du travail ont eu des difficultés à trouver un emploi. Certains même ont dû se reconvertir ou simplement accepter des postes dans d'autres secteurs d'activités. Depuis quelques temps, le chômage a fait son entrée dans la profession. Pourtant, de nombreuses voix s'élèvent pour dénoncer les manques d'effectifs dans les hôpitaux de ce pays. Les soignants ne cessent de crier leur ras-le-bol, leur fatigue, leur impuissance à soigner des patients de plus en plus nombreux. Ils parlent souvent de cette démotivation croissante dont ils sont victimes, qui égratigne chaque jour une peu plus l'amour qu'ils ont pour leurs métiers..
Je suis Paul, étudiant en soins infirmiers de troisième année et je dis NON à la précarité de l'emploi dans un pays où l'on parle de qualité et d'efficience.

Je suis Paul, étudiant en soins infirmiers de troisième année et je dis NON aux diminutions d'effectifs et à la médecine comptable.
Je suis Paul, étudiant en soins infirmiers de troisième année et je veux pouvoir exercer mon futur métier avec passion dans de bonnes conditions.
Je suis Anna, étudiante en soins infirmiers de troisième année et je veux être un professionnel de santé efficace et compétent.

Corinne, infirmière libérale et auteur du blog : « la seringue atomique »


dimanche 29 janvier 2017

... Au suivant !




- j'aime bien, parce que lorsque l'on attend notre tour dans votre salle d'attente, on a presque l'impression qu'on est là pour se faire masser ! ^^

La trentenaire a posé son manteau sur la chaise en face de mon bureau avant de s'asseoir tout sourire sur le fauteuil de prélèvement. Des saignements inexpliqués, des prises de sang régulières et un taf qui la fait voyager à travers la France. Mais cette patiente que j'ai pourtant fait attendre un petit bout de temps dans la salle d'attente est souriante.

Elle et ses petits bras frêles aux veines minuscules ont franchi les portes de dix cabinets infirmiers l'année dernière, rien que ça. Et ce matin, elle m'a décernée le prix du cabinet infirmier le plus zen de l'ouest de la France !

C'est con, mais ça m'a collé un sourire-pailleté-sur-ma-tronche-enfièvrée toute la matinée !

vendredi 27 janvier 2017

La fraude, France 2, mon périnée et Pénélope.



- 231 millions d'euros, c'est la fraude à l'assurance maladie. +46% en cinq ans. Attention, il ne s’agit que de la triche "détectée", autrement dit la partie émergée de l'iceberg. Actes fictifs, surfacturations, les professionnels de santé sont les premiers fraudeurs. Alors comment font ceux que l'ont appelle les "Détectives de la Sécu'" ?...

David Pujadas avait à peine commencé la phrase d'introduction de son reportage que je commençais à m'étouffer avec mon thé trop chaud et le morceau de sandwich que j'avais dans la main. J'ai reposé ma tasse, sidérée en écoutant le reste du reportage. 

Je venais de rentrer à mon cabinet après sept heures de soins non-stop avec une otite qui m'arrachait l'oreille depuis des jours et une fièvre persistante qui m'aurait donné envie de me vautrer sous la couette en chialant. J'ai jeté ma mallette de soins sur le fauteuil de prélèvement en tentant de dénouer mon épaule douloureuse avant de remplir à nouveau cette sacoche qui me permettrait d'aller soigner mes patients du soir. Ma vessie me remerciait de l'avoir enfin vidangé et elle croisait secrètement les uretères en espérant que je ne serais pas un jour contraint de la cathétériser pour lui éviter l'engorgement. Moi qui était si fière de ma vessie d'infirmière aussi forte et puissante qu'un tank, je devais bien avouer que depuis mon installation en libérale, elle était tout aussi vaillante qu'une vieille auto qui ne passerait pas le périph' parisien en période de pollution

La faute à mes deux grossesses ? Peut-être...

Et puis j'ai repensé à la période où j'ai bossé jusqu'à mes huit mois de grossesse en me sortant de ma voiture aux forceps 30 fois par jour pour reprendre mes tournées de soins un mois et demi après mon accouchement parce qu'il fallait que je rembourse le prêt que j'avais dû effectuer auprès de mon conjoint pour pouvoir payer ma remplaçante et mes charges. Ça avait dû y être pour quelque chose... Et puis je me suis revue demander aux patients de m'aider à me relever parce que j'avais dû m’accroupir ou m'agenouiller autant de fois que nécessaire pour effectuer leurs soins dans des conditions inadaptées alors que ma rééducation du plancher n'était pas complètement terminée.. Ça devait y être pour quelque chose aussi...

Mais accusons les grossesses oui, saleté de périnée !